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CAMERA OBSCURA

Chacune de ces photographies est le résultat d'une expérience phénoménologique singulière vécue par le photographe et le spectateur de l'image produite.

Le phénomène de la camera obscura a accompagné virtuellement les rayons solaires pendant l’arrivée et l’évolution de la vie sur notre planète, d’abord pour les premières cellules vivant en milieu aquatique, puis dans la vie végétale, sous les arbres. Ensuite pour la vie animale: dans la plupart des yeux des êtres vivants. Puis dans leurs habitats et enfin dans leurs objets techniques qu’ils perçaient, comme les chambres obscures des artistes, puis l’appareil photo.

Cette récursivité du phénomène de la se retrouve finalement in extenso dans mes photographies, pour venir vous interpeller, vous toucher avec ce même chiasme renversant dans vos yeux et dans votre esprit.

Mes photos mettent ainsi en abyme les cinq lieux du monde où il se retourne successivement sur lui-même pour se penser.

Chacune est constituée remarquablement par les emboîtements successifs d'une série de phénomènes de la camera obscura qui se renversent l'un dans l'autre par un enchaînement de chiasmes visuels, mis en abîme, enchâssés comme des poupées russes.

D'abord il y a l'emboîtement de la perspective extérieure à l'intérieur de l'habitation. S'impose ensuite l'emboîtement de cette vue de l'intérieur dans l'oeil du photographe. De la rétine, cette image vient s'emboîter à son tour "neurobiologiquement" dans le cerveau <*>. Là l'image est interprétée pour être perçue par l'artiste qui organise l'installation et modèle l'image en réaction à ses émotions. Puis il y a l'emboîtement qui a lieu dans la caméra photographique dont l'intérieur et la surface sensible sont alors rigoureusement neutres afin de restituer aussi fidèlement que possible la nature véritable de l'expérience vécue.

Puis il y a l'emboîtement qui a lieu dans la caméra photographique dont l'intérieur et la surface sensible sont alors rigoureusement neutres afin de restituer aussi fidèlement que possible la nature véritable de l'expérience vécue.

Il faut aussi considérer les emboîtements numériques qui s'opèrent dans l'ordinateur pour le développement, le traitement et le tirage, ou l'affichage sur écran.

Enfin il faut envisager les emboîtements qui s'installent dans l'oeil et le cerveau du regardeur de la photographie.

De plus, si la perspective initiale qui se projette à l'intérieur de l'habitation inclut des arbres assez rapprochés, la camera obscura qu'ils peuvent former ajoute un emboîtement de plus qui englobe l'image dans son ensemble.

Enfin, s'il y a un tableau, un dessin ou une photographie qui se présente à l'intérieur de l'habitation, les phénomènes de camera obscura dont les auteurs ont structuré leur réalisation, viennent encore rajouter plusieurs niveaux d'emboîtements supplémentaires.

La richesse de ces emboîtements lumineux successifs caractérise l'esthétique chiasmatique de ces images, et désigne naturellement la lumière et le phénomène de la camera obscura à l'origine de la généalogie des média.

<*> Dés son plus jeune âge l'enfant apprend à regarder, à voir et à comprendre, à travers les sollicitations de son entourage et de son environnement. À mesure que son expérience et ses capacités visuelles augmentent, il distingue plus d'éléments dans ce qu'il regarde. Devenu adulte, l'individu ne voit d'abord que ce qu'il a déjà compris, ce qu'il connaît, ce qu'il est habitué à voir. C'est probablement ainsi que la plupart des humains ne voient pas le phénomène de la camera obscura, car ils n'ont pas eu l'occasion de l'observer, ou de s'interroger à son sujet.


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